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Le 22 février 1680, après avoir eu la main coupée, Catherine Deshayes dite la Voisin, est brûlée vive en place de Grève. Cet évenement marque l'un des derniers épisodes qui ont marqué la fameuse affaire des poisons.

Une série d'affaires d'empoisonnement a défrayé la chronique sous Louis XIV. Déjà en 1670, la mort subite de Madame, Henriette d'Angleterre, épouse de Monsieur, frère de Louis XIV a éveillé les soupçons. A l'époque, on avait conclu que l'eau de chicorée était la responsable de ce décès.

Or, cette affaire de poison et les différentes rumeurs relancent les suspicions sur cette mort prématurée. Les révèlations comment à éclater au début de l'année 1672. Lors de la découverte du cadavre du Capitaine de Sainte Croix, les enquêteurs découvrent près de lui, une cassette rouge avec une note qui ordonnait que cet objet devait être, à sa mort, apporté à la marquise de Brinvilliers. La note précise également, dans le cas où la marquise serait décédée, la cassette doit être brûlée. C'est cette précision qui attire la curiosité. Pourquoi brûler cette cassette ? Y-a-t-il des secrets à cacher à l'intérieur. La curiosité l'emporte. Ils décident de passer outre les dernières volontés du défunt et le coffret est ouvert. A l'intérieur, les enquêteurs découvrent des petites fioles et des correspondances.

Les différentes fioles sont analysées. Les résultats révèlent qu'elles contiennent du poison. Confortés dans cette idée, les enquêteurs ouvrent la correspondance. Il s'agit de lettres échangées avec la marquise de Brinvilliers et se trouve également des reconnaissances de dettes.

Les enquêteurs s'intéressent désormais, à cette marquise de Brinvilliers, la destinataire de la cassette de poison, des correspondances et des reconnaissances de dettes. Les enquêteurs fouillent dans son passé et s'aperçoivent qu'il y a dans son entourage, une série de décès assez brutaux tels que son père ou ses frères. Sa belle soeur décide de se porter partie civile.

Bien entendu, l'une des questions les plus délicate est l'emprisonnement de la marquise car elle appartient à la noblesse de robe. L'hésitation favorise la fuite de la marquise qui se cache dans toute l'Europe. Or, en mars 1676, dans un couvent, à côté de Lièges où la marquise est arrêtée. Voyant sa situation perdue, elle tente de se suicider en avalant une épingle. C'est un échec. L'horizon s'assombrie pour elle.

Les investigations se poursuivent. On fouille son domicile où les enquêteurs découvrent une lettre dans laquelle la marquise se confesse et s'accuse d'une multitude de crimes comme l'inceste, l'adultère et du meurtres de son père et de ses frères pour ses biens. 

L'enquête est finie. La marquise va être jugée. Son procès s'ouvre le 16 avril 1676. La foule et les différents média se passionnent pour cette affaire en raison de l'accusée et ils s'attendent à diverses révélations. Lors de son procès, la marquise reste froide face aux témoignages qui l'accablent.

Son avocat essaie de la défendre en niant point par point les preuves accablantes: les fioles ont été placées dans le coffret après la découverte, la marquise ne se souvient pas l'avoir écrit.

Malheureusement, l'ensemble est peu convaincant. La sentence prononcée est lourde. Elle est condamnée à faire amende honorable, elle aura la tête tranchée, brûlée après avoir été la victime de la question ordinaire et extraordinaire.

Malgré les horreurs qui l'attende, la marquise reste courageuse et avant d'être éxécutée, elle se confie au confesseur et raconte toute l'histoire. Ainsi, s'achève la vie, la veuve de lieutenant, Marie Madeleine d'Aubray.

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Lettre de la Marquise de Sévigné relant l'exécution de la marquise de Brinvilliers.

A MADAME DE GRIGNAN 

A Paris, ce vendredi 17ème juillet 1676. 

Enfin c'en est fait, la Brinvilliers est en l'air. Son pauvre petit corps a été jeté, après l'exécution, dans un fort grand feu, et les cendres au vent, de sorte que nous la respirerons, et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante dont nous serons tous étonnés. Elle fut jugée dès hier. Ce matin, on lui a lu son arrêt, qui était de faire amende honorable à Notre-Dame et d'avoir la tête coupée, son corps brûlé, les cendres au vent. On l'a présentée à la question; elle a dit qu'il n'en était pas besoin, et qu'elle dirait tout. En effet, jusqu'à cinq heures du soir elle a conté sa vie, encore plus épouvantable qu'on ne le pensait. Elle a empoisonné dix fois de suite son père (elle ne pouvait en venir à bout), ses frères et plusieurs autres. Et toujours l'amour et les confidences mêlés partout. Elle n'a rien dit contre Pennautier. Après cette confession, on n'a pas laissé de lui donner la question dès le matin, ordinaire et extraordinaire; elle n'en a pas dit davantage. Elle a demandé à parler à Monsieur le Procureur général; elle a été une heure avec lui. On ne sait point encore le sujet de cette conversation. A six heures on l'a menée, nue en chemise et la corde au cou, à Notre-Dame faire l'amende honorable. Et puis on l'a remise dans le même tombereau, où je l'ai vue, jetée à reculons sur de la paille, avec une cornette basse et sa chemise, un docteur auprès d'elle, le bourreau de l'autre côté. En vérité, cela m'a fait frémir. Ceux qui ont vu l'exécution disent qu'elle a monté sur l'échafaud avec bien du courage. Pour moi, j'étais sur le pont Notre-Dame avec la bonne d'Escars; jamais il ne s'est vu tant de monde, ni Paris si ému ni si attentif. Et demandez-moi ce qu'on a vu, car pour moi je n'ai vu qu'une cornette, mais enfin ce jour était consacré à cette tragédie. J'en saurai demain davantage, et cela vous reviendra. 

On dit que le siège de Maestricht est commencé, et celui de Philisbourg continué; cela est triste pour les spectateurs. Notre petite amie m'a bien fait rire ce matin; elle dit que Mme de Rochefort, dans le plus fort de sa douleur, a conservé une tendresse extrême pour Mme de Montespan, et m'a contrefait ses sanglots, au travers desquels elle lui disait qu'elle l'avait aimée toute sa vie d'une inclination toute particulière. Etes-vous assez méchante pour trouver cela aussi plaisant que moi? 

Voici encore une autre sottise (mais je ne veux pas que M. de Grignan la lise). Le Petit Bon, qui n'a pas l'esprit d'inventer la moindre chose, a conté naïvement qu'étant couché l'autre jour familièrement avec la Souricière, elle lui avait dit, après deux ou trois heures de conversation: "Petit Bon, j'ai quelque chose sur le coeur contre vous. - Et quoi, madame? Vous n'êtes point dévot à la Vierge; ah! vous n'êtes point dévot à la Vierge: cela me fait une peine étrange." Je souhaite que vous soyez plus sage que moi, et que cette sottise ne vous frappe pas comme elle m'a frappée. 

On dit que Louvigny a trouvé sa chère épouse écrivant une lettre qui ne lui a pas plu; le bruit a été grand. D'Hacqueville est occupé à tout raccommoder. Vous croyez bien que ce n'est pas de lui que je sais cette petite affaire, mais elle n'en est pas moins vraie, ma chère bonne. 

J'ai bien envie de savoir comme vous aurez logé toute votre compagnie. Ces appartements dérangés et sentant la peinture me donnent du chagrin. Je vous conjure, ma très chère, de vous confirmer toujours dans le dessein de me donner, par votre voyage, la marque de votre amitié que j'en désire et que vous me devez un peu, et dans le temps que j'ai marqué. Ma santé est toujours de même. J'embrasse M. de Grignan.

Lundi, nous évoquerons l'Abbé Pierre.